lundi 16 janvier 2012

Sarkozy et Fillon encaissent le choc

Encore sous le choc. L’Élysée a beau s’en défendre, la perte du triple A est un coup dur. À 98 jours du premier tour de la présidentielle, Nicolas Sarkozy ne pouvait pas imaginer pire vendredi 13. Une vraie scoumoune alors qu’il reste, sondage après sondage, donné invariablement battu. Jusqu’au bout, le chef de l’État a espéré que la France échapperait à la dégradation. François Fillon confie même que la décision de l’agence de notation intervient "à contretemps des efforts engagés dans la zone euro". "On avait, depuis quelques semaines, de bonnes nouvelles et même une détente des taux sur les marchés", confie le Premier ministre au JDD. Le ministre de l’Économie, François Baroin, ne cachait pas non plus, vendredi soir, sa "surprise". "Les agences voulaient nous taper. Cela ne donne aucun quitus à Hollande", enrage un conseiller du Président.
Quand Xavier Musca, le fidèle secrétaire général de l’Élysée, lui annonce vendredi la décision de l’agence Standard & Poor’s (S&P), Nicolas Sarkozy écoute, blême, retenant sa colère, les détails des reproches faits à la France. Il sait que le verdict de cette agence de notation signe l’échec de sa stratégie pour sauver ce triple A érigé en "trésor national". Le président candidat poursuivra ensuite sa journée sans rien laisser paraître, ni modifier son agenda. Dans l’après-midi, il recevra ainsi longuement sept patrons venus présenter leurs propositions pour le sommet social du 18 janvier. "Il n’a pas dit un mot sur la perte du triple A alors que cela commençait à se savoir à Paris. Il a même surjoué le côté 'je suis en forme'", témoigne un participant.
Passée la surprise, l’Élysée a organisé la contre-offensive pour dédramatiser la "mauvaise nouvelle", rassurer les Français et surtout protéger le chef de l’État. Hier, François Fillon a déminé la perte du triple A et répondu à François Hollande. Après une courte et solennelle déclaration depuis son QG de campagne, le député de la Corrèze s’est envolé pour un déplacement aux Antilles (lire ici). Le Premier ministre et le candidat socialiste se sont affrontés à distance sur la responsabilité du gouvernement et du chef de l’État. François Fillon n’a pas manqué non plus d’égratigner "l’appétit" de François Bayrou et de Marine Le Pen, qui n’ont pas attendu l’officialisation de la perte du triple A par Standard & Poor’s pour la commenter dès vendredi soir.

"Acheter un logement coûtera plus cher demain", selon Sapin

Si Hollande a préféré la gravité à l’agressivité, ses lieutenants ont répliqué aux membres du gouvernement. "Pourquoi fallait-il hier absolument conserver le triple A si cela n’avait aucun impact? Faudrait savoir, ironise Michel Sapin, le Monsieur Économie de François Hollande. Je ne sais pas quel sera l’impact immédiat. Mais cela aura des conséquences en profondeur à moyen terme. Quand un pays perd son triple A, l’ensemble de ses habitants et de ses acteurs économiques perde de la valeur. Concrètement, acheter un logement coûtera plus cher demain." Une analyse rejetée par le gouvernement, qui compte sur la "sagesse" des banques pour limiter les conséquences sur les crédits aux particuliers (lire l’interview du PDG de BNP Parisbas). "L’habilité ne peut pas remplacer la vérité. Hollande ne va pas pouvoir tenir ses plans secrets. Nous, nous n’attendons pas le lendemain des élections pour dire la vérité", explique au JDD Xavier Bertrand, qui peaufine les mesures qui seront présentées mercredi aux partenaires sociaux lors du sommet social.
Avec la perte du triple A, Nicolas Sarkozy voit s’effondrer un pan entier de sa stratégie. Difficile de "vendre" le rapprochement avec l’Allemagne, épargnée, elle, par la dégradation. Ce dimanche, Nicolas Sarkozy devrait rompre le silence lors d’un déplacement à Amboise où il vient célébrer le centenaire de la naissance de Michel Debré, père de la Constitution de la Ve République. Le discours initial, qui devait traiter des vertus du gaullisme, a été remanié hier soir d’un paragraphe consacré à "l’actualité", selon l’expression pudique d’un conseiller. "Le Président ne répondra pas directement aux agences de notation. Mais il parlera de courage et de vérité, deux valeurs chères au général de Gaulle et à Michel Debré", promet un proche du chef de l’État.
En fait, la réponse devrait venir de Madrid, où le Président se rend lundi. Tout un symbole de voir côte à côte Nicolas Sarkozy et Mariano Rajoy alors que leurs deux pays viennent d’être dégradés. Cette première rencontre avec le nouveau chef du gouvernement espagnol ne pouvait pas plus mal tomber.
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