Et maintenant, l’instruction. Après avoir axé le début de sa campagne sur le "produire en France", ce qui lui avait permis d’atteindre un score à deux chiffres dans les sondages, François Bayrou a ouvert samedi une deuxième période consacrée, elle, au "réarmement éducatif". "Nous allons le mettre au centre de la campagne, les autres seront obligés, comme pour le “produire en France”, de nous suivre", a-t-il pronostiqué, en lançant samedi matin son forum consacré à l’éducation à Paris.
Alors que le leader du MoDem stagne dans les intentions de vote, il s’agissait aussi pour lui de reprendre la main; le Béarnais a donc décidé de revenir sur son programme économique, pourtant déjà présenté, mais agrémenté cette fois d’une annonce inédite: l’offre d’un emploi sans charges pendant deux ans, au bénéfice des jeunes ou des chômeurs, pour toutes les entreprises de moins de 50 salariés.
"Le candidat de la vérité"
Samedi, Bayrou a lancé une offensive de charme à destination du monde enseignant. L’occasion, alors que le débat s’est trop bipolarisé à son goût, de créer une confrontation avec le candidat PS, dont le programme mènerait, selon lui, "à la catastrophe". Hollande a promis la création, en cinq ans, de 60.000 postes dans l’éducation? François Bayrou lui répond: "La question des moyens n’est pas la question clé." Celui qui se présente comme "le candidat de la vérité" et de la lutte contre le surendettement a pourtant promis, samedi, de "garantir les moyens existants" pour l’école, avant de présenter 30 mesures très consensuelles.
L’agrégé de lettres classiques s’est surtout fait l’avocat de son corps d’origine: "Ceux qui mettent les professeurs en accusation, disant qu’ils ne travaillent pas assez, ne tiendraient pas deux heures en face d’une classe de collège." Mais pour faire bonne mesure, il s’applique à refuser les décisions ou propositions de Nicolas Sarkozy. Ainsi, Bayrou ne veut pas toucher au temps de travail des enseignants, mais souhaite reconstruire l’année de formation, en alternance avec l’exercice dans la classe. Il refuse aussi la notation pédagogique des profs par le chef d’établissement. Enfin, il prône également le retour aux fondamentaux. Pour lui, 50% du temps scolaire à l’école primaire doit "être consacré à la maîtrise de l’écrit et à la langue française".
"Transgressions raisonnables"
Cela suffira-t-il à marquer les esprits pour faire mentir ceux qui, comme Nicolas Sarkozy, pensent qu’il n’est qu’un candidat "parking", chez qui les voix se rangent avant la dernière accélération? Son conseiller Bernard Lehideux affiche "le calme des vieilles troupes". Christophe Madrolle, secrétaire général adjoint du MoDem, embraye : "On est montés très fortement pendant un mois. Là, on est sur un faux plat."
Certains membres de son équipe, tel Robert Rochefort, vice-président du MoDem, pensent qu’il est temps de présenter de nouvelles idées. Il prône des "transgressions raisonnables". "Pour le “produire en France”, il y a eu un déclic quand les gens ont compris qu’acheter ce type de produits permettait de faire baisser le chômage. C’est comme cela que l’on a gagné 15 points chez les ouvriers et 10 points chez les retraités", estime-t-il. Dans cet esprit, il a remis à Bayrou d’autres idées de "transgression" portant, notamment, sur les marchés publics, mais aussi sur un sujet plus polémique, jusque-là préempté par la droite qui l’appelle "l’assistanat". Rochefort cherche, lui, à montrer que "les gens qui bénéficient des aides sociales ont besoin de solidarité et pas d’une assistance démobilisante". Des propositions que François Bayrou n’a pas reprises pour le moment. Occupé à continuer à avancer sur son étroit chemin de crête.
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