mardi 21 février 2012

Bayrou : "Les gens vont se lasser de ce duel"

Les pieds dans la boue, des brebis et des vaches limousines en arrière-plan, "the man of the center" répond, en anglais, aux questions de Jim Bittermann, le correspondant à Paris de CNN. Pour le Béarnais, un revival plutôt agréable de la précédente campagne présidentielle, quand les médias étrangers faisaient le siège du "troisième homme" d’alors.
Quoi qu’il en soit, c’est un samedi un peu particulier pour le centriste. Et pas seulement parce qu’il est parti titiller ses racines paysannes auprès d’exploitants ovins et bovins de Haute-Vienne. Non, parce qu’enfin la vraie campagne peut démarrer. La "simplification" qu’il annonçait est en marche. Nicolas Sarkozy, le dernier gros candidat est entré en lice cette semaine. Et deux petits, Christine Boutin et Hervé Morin, ont quitté la course. Et bientôt Villepin, espère-t-on dans son entourage. De quoi regagner au total deux ou trois points dans les sondages, pense-t-on au MoDem, alors que justement les intentions de vote frémissent à nouveau (autour de 12%) après une chute de plusieurs points le mois dernier.

Il mise sur le congrès du Nouveau Centre de samedi prochain

Cette semaine, François Bayrou a dénoncé la "Sarkhollandisation" de la campagne. S’insurgeant contre le déséquilibre des temps de parole dans les médias audiovisuels. Mais il pense que ce n’est qu’un mauvais moment à passer. "Les gens vont être lassés très vite de ce duel. Ni l’un ni l’autre ne sont absolument attrayants pour les Français", glisse-t-il visiblement rassuré à la fois par le lancement de campagne de Sarkozy qui "a perdu pied, perdu le lien avec les Français et même sa ligne politique" et par le meeting rouennais de Hollande qui, selon lui, ne dit rien. "Ils avancent au gré des sondages. Pourquoi croyez-vous que Hollande ne critique pas réellement l’interview du Figaro Magazine? Parce qu’il a le nez sur les mêmes chiffres!"
Mais plus que sur la désaffection des autres, François Bayrou mise encore et toujours sur son authenticité. Lundi soir, alors qu’il essuie, avec Eva Joly, les plâtres de Parole de candidat, l’émission de campagne de TF1, le Béarnais a prévu "de dire des choses que les gens sentent justes. Car quand les gens entendent parler juste, cela fait exploser tous les bétons".
Un béton qu’il estime avoir déjà fissuré la semaine dernière en lançant son "appel contre la droitisation", après l’interview de Nicolas Sarkozy sur les "valeurs". Aucune grande figure du centre ne l’a rejoint? Lui préfère raconter les "nombreux appels, l’arrivée d’élus du Nouveau Centre ou gaullistes. Et cela n’est pas fini", assure-t-il. Il mise clairement sur le congrès du Nouveau Centre qui doit se tenir samedi prochain, ce parti créé par ses anciens collègues de l’UDF qui, en mai 2007, ont préféré soutenir Sarkozy. Les jeunes et certains sénateurs ont proposé au vote une motion pro-Bayrou pour la présidentielle. En rien l’annonce d’une hémorragie, selon François Sauvadet, ministre NC de la Fonction publique et soutien de Sarkozy : "Je ne vois pas aujourd’hui les députés du Nouveau Centre faire un voyage vers le passé."

Borloo : "Est-ce que tu crois qu’il a changé?'"

Pour lundi soir, dans sa besace, le député aura aussi quelques "transgressions raisonnables", des idées chocs fournies par Robert Rochefort, le vice-président du MoDem. Bayrou brûlera-t-il ses cartouches? "Cela va dépendre aussi de ce que dit Nicolas Sarkozy [aujourd’hui] à Marseillle. Une campagne, cela se fait tout seul mais aussi en fonction des autres", note un membre de son conseil stratégique.
L’objectif immédiat de Bayrou est ailleurs : "Qu’apparaisse chez les Français le désir d’un autre deuxième tour. Un scénario désirable, intéressant, stimulant, créateur de surprises. Si je trouve les mots…" À qui espère-t-il se confronter? "Au détriment de qui? Je ne sais pas. Je prendrai celui que les Français me donneront." Un non-choix qui continue d’arrêter ceux qui, comme l’UMP Pierre Méhaignerie, partagent ses idées. "L’amitié, le lien restent forts, mais compte tenu de 2002 et 2007, nous avons aussi l’appréhension du choix du dimanche soir du premier tour", dit celui qui a été reçu lundi dernier par le président de la République pour une séance de "câlinothérapie" après avoir séché deux petits déjeuners de la majorité. "J’en parlais l’autre jour au téléphone avec Jean-Louis Borloo, qui me demandait : 'Est-ce que tu crois qu’il a changé?'' Une question dont la réponse était apparemment évidente pour les deux hommes.

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