Plutôt que les sondages, Nicolas Sarkozy préfère regarder les audiences à la télévision. À l’entendre, ce sont les "audiences dégueulasses" du candidat socialiste qui l’ont convaincu des faiblesses de son adversaire. Le dernier JT du député de Corrèze, mardi soir sur France 2, a dû conforter le président candidat : le socialiste a réuni cinq millions de téléspectateurs. Une "audience moyenne" pour la chaîne publique même si le nombre de fidèles devant le petit écran n’a pas baissé.
Exploiter la moindre faiblesse, dénoncer une supposée gaffe, ironiser sur le "vide" du programme de l’adversaire, l’UMP applique à la lettre les consignes de Nicolas Sarkozy. La stratégie du harcèlement se met en place. "Il y a sept semaines, on ne pouvait pas dire un mot sur Hollande", rappelle en privé le chef de l’État dans une critique à peine voilée aux médias. Les "snipers" sarkozystes sont donc aux aguets. Nadine Morano en tête. Pendant que Jean-François Copé et ses équipes se déploient pour harceler la gauche, le président candidat s’emploie à lancer, au fil de ses déplacements et de ses discours de vœux, ses "nouvelles idées".
En ce début d’année, le décor est donc planté et le chef de la droite est passé à l’offensive, pied au plancher. Risque compris. "Hollande a choisi de gérer un patrimoine virtuel, celui des sondages. Moi, je vais lancer des idées et prendre des risques", confiait la semaine dernière Nicolas Sarkozy au JDD. Au risque de surprendre ses amis politiques, étonnés par ce qu’un ministre appelle une opération "sauve-qui-peut". De fait, le (presque) candidat UMP a commencé l’année comme un challenger en lançant des projets impopulaires (TVA sociale, réforme du statut des enseignants…). "Il a raison. Il n’a rien à perdre. C’est le moment de secouer le cocotier", estime cet influent conseiller. Les résultats de notre sondage plaident dans ce sens. Le ministre de la Défense Gérard Longuet, qui a écouté samedi à la télévision le discours de François Hollande, confirme : "Hollande est un Mitterrand sans épaisseur, acide et agressif, qui n’a pas d’analyse de la crise, donc pas de solution."
"Sur la crise, Hollande ne propose rien"
La stratégie de Nicolas Sarkozy est donc simple d’ici à la fin du mois de janvier : imposer son tempo, multiplier les annonces pour créer le contraste avec le "vide" des propositions de François Hollande. Le président candidat espère faire sortir du bois son rival pour mieux contrer ensuite ses idées. "Sur la crise, Hollande ne propose rien. À l’entendre, il veut renégocier le nouveau traité européen mais il fait rigoler tout le monde dans les capitales européennes", s’exclame le chef de l’État. La course-poursuite entre les deux favoris de la présidentielle est donc engagée : d’un côté le président candidat "risque-tout" ; de l’autre un challenger socialiste, favori des sondages, qui s’économise en attendant les étapes de montagne et la véritable entrée en campagne du sortant. C’est de cette drôle de campagne dont veut sortir Nicolas Sarkozy. Flairant le danger, il a anticipé l’offensive.
Se sent-il usé comme le répètent certains au centre ou à droite (Dominique de Villepin en tête)? Le locataire de l’Élysée écarte catégoriquement la critique : "J’ai vu la fin de Chirac, celle de Raffarin. Je me rappelle aussi de la fin du mandat de Giscard. Je connais la chanson. Je ne suis pas dans cette situation. Y en a-t-il un qui dit qu’il ferait mieux que moi?" Confiant, Nicolas Sarkozy parie sur une baisse de François Hollande dans les sondages "au début du mois de février".
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