mardi 10 janvier 2012

Sarkozy veut faire des ruptures en guise de campagne

Toujours aussi impopulaire, Nicolas Sarkozy a bel et bien décidé cette fois de prendre tous les risques. De renouer avec ce qui fait sa marque de fabrique, le culot ou la démagogie, selon qu'on l'admire ou le déteste. Donné archi battu au second tour par des dizaines de sondages depuis des mois, le président de la République renoue avec ce qu'il sait faire de mieux, la guerre de mouvement, qu'il veut totale et sans retenue pendant les 100 jours qui le séparent de la présidentielle.
En ce début d'année, les très mauvais chiffres du chômage l'ont convaincu de tenter le tout pour le tout, matin, midi et soir pour essayer de faire mentir tous ceux qui le voient déjà perdant en mai. « On ne peut pas rester comme ça. Faut se bouger », confiait la semaine dernière en petit comité Jean-François Copé lors de ses vœux. Visé, le manque de compétitivité de la France qui imposerait désormais de s'attaquer à deux énormes chantiers : le financement de la protection sociale puis dans un second temps l'organisation du marché du travail. Si le patron de l'UMP a obtenu gain de cause pour lancer le chantier, entre autres, de la TVA sociale, l'Elysée reste encore prudent sur la suppression définitive des 35 heures. Pour combien de temps ?

Avec la remise à plat (jusqu'au où ?) du mode de financement de la protection sociale avec une hausse de TVA partielle, Nicolas Sarkozy sait qu'il prend le risque d'une mesure impopulaire. Mais « le chef de l'Etat voit son plan de route » confie un ministre à l'AFP. Cette réforme fiscale a aussi l'avantage de lui offrir un sujet très clivant avec les socialistes, vent debout contre le projet, et de lui donner l'occasion d'apparaître définitivement comme le président réformateur qu'il avait promis d'être aux Français lors de sa campagne de 2007. Car l'objectif est bien là : repeindre en quelques semaines son bilan avec les couleurs de l'audace pour faire mieux faire contraste avec
François Hollande et sa « marche sereine ».
« Une absurdité »
Avec la mise en place forcée de la
taxe tobin, le futur candidat de la droite fait le même pari. Apparaître comme celui qui a du cran pour faire bouger les lignes, et qu'importe s'il a changé d'avis. Cette taxe fait pour l'instant figure d'Arlésienne dans la finance : on en parle régulièrement depuis des années mais personne n'a été jusqu'ici en mesure de la créer. En Europe, elle a ses thuriféraires mais aussi ses détracteurs, comme la Suède ou la Grande-Bretagne qui a peur qu'elle ne pénalise "la City". Nicolas Sarkozy l'avait décriée en 1999 comme "une absurdité", susceptible d'entraîner des "dizaines de milliers de chômeurs supplémentaires" en France.

Mais relancée en 2008 à la faveur de la crise, elle a été remise sur le métier lors d'un sommet franco-allemand à Paris le 16 août dernier. Et à quelque 100 jours du 1er tour, le président de la République, a décidé de prendre tout le monde de vitesse. "Ce n'est pas la plus mauvaise idée qu'il ait eue (...) Il n'est jamais trop tard pour s'amender, surtout en période de voeux", a réagi vendredi soir son rival François Hollande, en marge d'un déplacement à Limoges. "Si son coup de bluff réussit, tant mieux. Si sa détermination, au moins en paroles, arrive à entraîner les autres pays européens pour faire ensemble la taxe Tobin, c'est bon", a même réagi Ségolène Royal lundi matin sur France 2. L'Elysée n'en demandait pas tant.

En quelques jours, le climat de ce début de campagne a déjà comme un petit air de changement. A la faveur d'un sondage qui ne montre plus que 2 points d'écart entre Hollande et Sarkozy au 1er tour (28% contre 26) mais surtout avec la mise en place de cette stratégie risque-tout du chef de l'Etat sur le fond. Comme une volonté de montrer aux Français qui ne l'écoutent plus qu'il est le seul homme politique à oser la rupture. En espérant qu'ils remettent une partie des compteurs à zéro, ce qui est loin d'être fait...
http://lci.tf1.fr/politique/sarkozy-veut-faire-des-ruptures-en-guise-de-campagne-6924080.html

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