lundi 21 mai 2012

Combien coûterait une sortie de la Grèce de la zone euro ?

La sortie de la Grèce de la zone euro, qui n'était encore qu'une menace imprécise et lointaine il y a quelques mois, est désormais de plus en plus ouvertement envisagée, sur fond d'incertitudes immenses sur les conséquences économiques, politiques et sociales d'un tel événement. Le sommet des grandes puissances industrialisées du G8 a certes plaidé samedi à Camp David dans son communiqué final pour "une zone euro forte et unie" et souhaité "voir la Grèce" y "rester... tout en respectant ses engagements", mais la possibilité de parvenir à concilier tout cela fait bel et bien débat. Les uns, craignant de devoir indéfiniment maintenir Athènes sous perfusion financière, se veulent rassurants et soulignent que la zone euro est mieux préparée que jamais à affronter une sortie de la Grèce. Les autres estiment que malgré la taille réduite de l'économie hellénique, c'est l'existence même de la zone euro, voire de l'Union européenne, qui est menacée à terme.

Reste que nombre d'économistes commencent à envisager concrètement les effets possibles d'une sortie de la Grèce de la zone euro. Qu'arriverait-il alors ? La grande perdante serait bien sûr... la Grèce elle-même, qui connaîtrait un séisme économique. Il lui faudrait en urgence réimprimer des drachmes tout en jugulant la panique des habitants, avant de miser, pour sa relance, sur les exportations et le tourisme. Mais renouer avec ses anciennes amours est risqué : à peine réintroduite, la drachme, considérée comme monnaie la plus faible de la région, verrait son cours fondre sous la pression des marchés. De quoi effrayer les Grecs, dont l'épargne perdrait 50% de sa valeur selon plusieurs études. Les retraits d'argent dans les banques du pays ont d'ailleurs atteint lundi 700 millions d'euros. Un chiffre qui s'ajoute aux quelque 16 milliards d'euros qui auraient été déposés à l'étranger depuis 2009. "Le mouvement de panique a déjà commencé", remarque Pedro Videla, professeur à l'IESE Business School de Madrid, qui juge "très probable" un retour à la drachme : "comme le pays est déjà en train de se désintégrer socialement et politiquement, je parierais qu'il va sortir de l'euro très bientôt". La solution, selon lui? "Agir d'un coup, pendant un week-end, en fermant les banques, en empêchant les retraits d'argent".

Quid des risques de contagion ?

Mais les autres pays de la zone euro ne seraient pas épargnés par le séisme, qui coûterait au bas mot des centaines de milliards d'euros aux contribuables européens, même si les tentatives d'évaluation des conséquences financières d'un tel événement butent sur une multitude d'inconnues, en particulier celle d'une possible contagion à d'autres membres de l'Union monétaire. Les coûts les plus simples à évaluer sont les coûts directs supportés par les partenaires d'Athènes, postulant qu'une sortie de la zone euro revient à sa défaillance à l'égard de ses créditeurs. Or, à l'issue de deux plans d'aide et au terme de deux ans de soutien actif par la Banque centrale européenne , les autres pays de la zone euro sont les plus gros bailleurs de fonds d'Athènes. Economistes et responsables ont ainsi sorti leurs calculettes pour additionner : le montant des prêts déjà consentis à Athènes, directement et par le biais des quote-part dans le Fonds monétaire international ; la participation dans les pertes que subirait la BCE sur la dette grecque qu'elle a en portefeuille (entre 35 et 55 milliards d'euros); et les pertes encourues par les banques centrales nationales au titre de leur exposition à celle de Grèce (soldes "target 2" au sein de l'Eurosystème).

La banque allemande DekaBank arrive ainsi à un total de quelque 350 milliards d'euros, dont 86 milliards d'euros pour la seule Allemagne. L'ex-ministre français de l'Economie François Baroin a évoqué mardi un chiffre de 50 milliards d'euros pour son pays. Pour les Pays-Bas, l'économiste d'ING Marteen Leen pronostique 20 milliards d'euros. A ceci s'ajoute le défaut sur les créances détenues par les acteurs privés, notamment la dette grecque encore en portefeuille chez les banques européennes. Après l'échange de dette consenti par les créanciers privés, ce montant est estimé à quelque 100 milliards d'euros. Au total, les pronostics varient selon que l'on parie sur un défaut total ou seulement partiel de la Grèce. DekaBank voit 350 milliards d'euros passés par pertes et profits; Barclays Capital est plus optimiste, tablant sur un défaut seulement partiel et un coût de 150 à 230 milliards d'euros pour le contribuable européen. UBS pour sa part évoque une dépréciation de 75% de la dette grecque et une perte de 225 milliards d'euros.

Certains responsables, en Allemagne mais aussi aux Pays-Bas, considèrent au vu de ces chiffres l'éventualité d'un départ de la Grèce comme gérable, ou en tout cas plus gérable qu'il ne l'aurait été il y a deux ans. Mais "le véritable risque est ailleurs", préviennent les analystes d'UBS, à savoir dans "les effets induits, et surtout la perspective d'une ruée sur les banques ailleurs en Europe". Ces coûts indirects sont difficilement imaginables dans l'impossiblité de prévoir l'ampleur de la contagion au reste de la zone euro. Le scénario le plus communément envisagé est que les épargnants en Espagne et en Italie, les pays les plus exposés, se ruent sur les banques et vident leurs comptes pour mettre leurs avoirs à l'abri. Les Européens seraient alors obligés de mettre en place des mécanismes de prévention de la contagion, par exemple un renforcement des pare-feu en place, voire de mettre sur pied un système de garantie de l'épargne. La BCE serait vraisemblablement appelée à la rescousse pour fournir des liquidités aux banques.

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